Désir Innaproprié..................

                  Ces moments-là, ce sont passés il y a quelques jours, quelques semaines ,peut-être quelque mois, certainement jamais de la vie ! Déjà....Je grimpais résolument cette montagne si chaleureuse, quand!! de mon côté gauche de cette poitrine tellement usée par des quantités considérables de clopes , un signal m’avertissait d’un probable évènement majeur dans ma destinée. Le cri précurseur fut un essoufflement inapproprié suivi bien sûr ! d'un ralentissement de ma marche forcenée sur ce sentier recouvert de cailloux mal calibrés , cette déambulation normalement, devait me conduire à ce sommet facile ,mais lointain. Je stoppais en rase campagne ,suspendais mes efforts. Que m'arrivais-t-il ? à ce moment précis .

                   Aucune angoisse , pas de peur ,rien que de l'étonnement devant le fait accompli . Je consulte ma montre ultra connectée vissée à mon poignet gauche , je fais défiler les applications de ce logiciel de surveillance permanente . J'ai le souffle court, bof !! pas de quoi en faire un futur cadavre sur ce sentier sinueux. J'arrive enfin ,à force de faire défiler tous ces chiffres complètement abstraits, au compteur ultime........le rythme de cet instrument nommé le COEUR!! La vache!!! un nombre à trois chiffres. Je ne vous dirais pas pour l'instant, ce monument de chiffres, mais ça fait réfléchir sérieusement!!Je suis en pleine casse déserte , pas âmes qui vivent à l'horizon. Le 112 de toute façon serait inopérant ici !! c'est certain. Mon médecin, m'avait averti qu’au-dessus d'un certain seuil cela devient délicat pour une personne normale de redescendre dans la vallée .

                       Le souffle se trouve maintenant désordonné , je n'arrive plus à articuler ma mâchoire !! va s'avoir pourquoi ? Enfin, après cinq minutes interminables; un litre d'eau englouti dans le moteur , trois barres nutritives hautes performances dans l'estomac , je repartais d'un pas alerte. J'ai encore un bon bout de chemin à faire ce matin, tout va bien, je chantonne même, en pleine puissance je parcours les trois cents mètres de dénivelé en moins de trente minutes!! Incroyable ! je fais du six cents mètres:/heure. Je vais arriver en avance au but recherché. Le sommet…Il se cache toujours ce mamelon , toujours derrière une colline, il faut toujours grimper, grimper ,encore grimper.

         Soudainement! c'est le flash…Mon corps ne réagit plus du tout , se dérobe brusquement, sans aucun freins il va s'arrêter, plonger dans le décor , surement mais durement, vite l’indicateur cardio !! je ne distingue plus le cadran !!zut !! Mes binocles dans le sac ,sont ma dernière chance!! Je chancelle, je dois avoir l'air idiot , ces lunettes pour voir de près les indications de ce logiciel . Je n'ose même pas vous dire ce que je lis !! 196..........sur la d125 ,ou Hugo c’est fait ! l’autre jour , surprendre ! c'est le retrait de permis assuré ! mais ici dans cette chaleur ! c'est le retrait immédiat de ce monde d'humains . Fébrilement je détache cette montre nettoie mon poignet , également l'arrière du capteur; Ces engins la, réclament une propreté parfaite, pas de sueur , pas de mouches , rien quoi, que de la peau bien nette, bien bronzée. Je remonte le tout , enfin j'essaie , pas si simple, je suis en déséquilibre instable sur un rocher terriblement en pente .

               Ce n’est pas possible !! le compteur reste désespérément au chiffre annoncé. Je ne pourrais pas en rester là , je suis en très mauvaise posture, mais !! je ne panique pas !! c'est déjà ça. Mon sac commence à me peser sur mes hanches, mes épaules. Pourtant il me faut bouger à tout prix!!! Je remettrais les gaz, pas ceux de l'arrière,uniquement  ceux du muscle déprécié. Il me reste juste ce petit col, un peu plus de cent cinquante mètres de hauteur , ma vue commence à se voiler sérieusement. Un regard sur ce cadran maudit , il gonfle encore, ne suis pas sur la quatre voie quand même !! Ces derniers mètres deviennent un jeu de roulettes Russe maintenant, j'arrive !! Je n’arrive pas ? Je joue avec ma vie, je le sens, bon ! de toute façon à mon Age !!! Je calque mes pas sur mon souffle ultra saccadé, mes bâtons me guident , je ne supporte plus mon chapeau , ni mes lunettes de soleil. Je commence à dire des âneries grosses comme moi, enfin pas tellement gros le randonneur !!!

              Je suis au col ,enfin je vais dire nous , mon cardiaque ,mes jambes ,mes poumons, enfin presque tous se congratulent en une forme d’allégresse ,que je  m'affale lamentablement en travers du chemin, cherchant  l'herbe douce ,celle que les moutons veulent bien nous laisser , je ne trouve que de la roche défoncée ,du calcaire en vois-‘tu en voilà et un peu de marbre, comme moi. Je détache ce sac, plutôt l'expédie au loin , enfin pas trop quand même , le ravin est proche. Je suis sur le dos, je regarde ce ciel si beau ! si limpide, si accueillant, je rêve d'espace. Je suis abattu. A genoux ,prostré vers ce vide, je suis découragé, la dégringolade tant attendue ne se profile pas sur le cadran de la montre. Pas de réseau ,rien, pas d'antenne 4g. en vue , rien, aucun randonneur, ils sont tous confinés à la maison. Et voilà ! ce qu'il ne fallait pas vous dire, je suis en plein confinement ! Vous allez me répondre: Bien fait pour ta gueule !! Vous avez entièrement raison !!

             Je vais crever , sur ce chemin, en plus ! pas d'hélico, pas de secours en montagnes , ils sont tellement occupés à soigner ces pauvres gens atteints du COVIds 19.Je prends la sage décision de ....casser la croute , c'est toujours ça de fait. Je suis obligé de fournir des efforts énormes, pour m'approprier ce sac si lourd. J'ai ma canette de coca sans sucre , je me l'avale d'un trait,  c'est bon! Maintenant au tour des solides, ma mâchoire reste bloquée ,il me faut l'ouvrir, c'est fait mais,j'en ai failli casser la fourchette , j'avale tout dans le désordre, le fromage se trouve au début , le dessert ,les œufs , enfin pratiquement la totalité se retrouve dans cette bouche presque fermée. Je mâche ,je ne vais rien trier , tout passe à l'envers ,droit dans l'estomac. Je manque de m'étouffer, vite!! la gourde ,je remplie mon gosier jusqu'à plus soif, c'est bon!! la bouche armée de ses dents fonctionne de nouveau .La tête me tourne. Le repas se termine, enfin si on veut!!Il faut me relever, je chancelle ,je vais mettre ce sac déchargé de quelques grammes .

                         Ma vue est trouble , je distingue à peine ce trou devant moi. C'est certain il serpente vers la vallée, mais dans quel sens ? Je décide de faire un petit repos, en fait une sieste. Et si je descendais comme ça, en pleine déconfiture,  c'est la chute assurée, tant pis pour moi. Pas de regrets, aucun remords,je rejoindrais cette petite Anglaise qui y a laissé sa vie sur le Sauvegarde , je divague c'est sûr !! par moment, la lucidité revient au galop pour repartir très vite, au trot .Ça va mieux le repas fait de l'effet, je suis debout, un bien être extraordinaire m'arrive !!J'ai le souffle normal, mon cardio est redescendu beaucoup bas , enfin presque! Il ne faut pas perdre de temps ,il faut profiter de cet instant magique, enfin ce corps, cette machine remarquable réagit au quart de tour comme par réflexe .

         Je vais dévaler la pente ,  m'engage, je ne chancelle pas, je suis droit ,dans mes chaussures étonnantes à 350 euros . Le kilomètre départ arrêté se fait à une vitesse éclatante, je ne vois plus le danger, que la vie qui se profile encore un peu pour moi. Il est néanmoins interminable ce sentier ; c'est toujours pareil dans les descentes, toujours plus longues que la montée, pourtant sur le GPS ils sont presques identiques!! J'ai une forme impressionnante, incroyablement surprenante. Ma "celle que j'aime "ne verra rien !! ne décèleras rien !! Ne surtout pas lui raconter ma mésaventure, c'est le rdv assuré chez le cardiologue à la noix , qui me dit à chaque fois que je suis un grand malade!! Que je dois rester dans le canapé à regarder Netflix enfin toutes ces inepties de cet écran ultra plat.

         Je suis en bas de la cote, fourbu ,complètement déchargé, mais confiant dans l'avenir, ce n'était certainement pas grand-chose. Surtout ne rien laisser paraitre, il faut que je reparte le plus tôt possible, un autre sommet ,la semaine prochaine ! m'attend, me tend ces abruptes verticalités . J'annule les enregistrements du cardio, on ne sait jamais, comme la maison est ultra connectée, cela lui reviendrait à ses oreilles d'épouse attentionnée. Elle m’attend comme d'habitude ,le sourire aux lèvres, .

alors mon chéri? et cette rando?

bof!! comme toutes les sorties , tu sais ,c'est de la routine !!