Tempète à Saint Malo.

                          Les tempêtes , en hiver sur les cotes Bretonnes sont terriblement efficaces. Je vais vous racontez ma mésaventure advenue, un jour de février dans les années soixante. Vous précisez le jour, la date exacte ne m'est absolument plus possible. Dans ma mémoire de petit garçon de cette époque, la peur a effacée absolument tout!! Sauf !!! les images d'horreur de cette journée apocalyptique. Mon insouciance liée à ma jeunesse , ont fait que je me suis fourré dans un pétrin pas possible. Je savais , ce que c'était, en tant que Breton , l'eau de mer, mais la !! je fut obligé d'en boire jusqu'à plus soif. La perturbation annoncée par une météo journalistique balbutiante , m'avait attirée dans la merveilleuse ville corsaire de Saint Malo. Cinquante années en arrière cette bourgade ne ressemblait pas à notre siècle actuel. Cette ville fortifiée n'abritait pas encore ces cités bizarres ,moches ,autour d'elle. Quand!! nous allions à Saint Malo ! nous allions dans une petite ville de province, pas cette presque métropole . Le W-E. nous pouvions déambuler presque en solitaire dans cette enceinte fortifiée. C'était la promenade des Rennais , comme la montagne aux Toulousains , mais ou la différance se trouvait fondamentale!! c'est que nous avions un train!! un vrai!! qui roulait au moins.. à soixante dix à l'heure. donc je prenais mon billet , en fait ! non je voyageais gratos, grâce à papa employé des chemins de fer Français. Comme appareil photo, un simple objet inconnu maintenant, un instamatic 300 meublait mon havresac bandoulière. Et me voilà haut de mes dix ans révolus, en marche vers cet espace de liberté, à moi les embruns, les plages immenses , l'odeur de ce goémon sur les rochers. Un repas miniature allait meubler mon midi, le petit quatre heure quelques biscottes volées dans le meuble de la cuisine. Habillé de pied en cap pour affronter les éléments, je somnolais dans cette micheline carburant au diésel. La ligne n'étant pas encore électrifiée à cette époque, le mazout était encore utilisé sur pas mal de lignes Bretonnes. Il faisait un temps de chien, ma sœur , ce n'était pas coutume , m'accompagnait, en parfait chaperon de surveillance. Le temps était exécrable, un vrai crachin nous accompagna de la gare au boulevard du bord de mer. Pour ceux qui connaissent cette ville, et vous êtes très nombreux à la visiter , le bord de mer cerné par des remparts imposants, nous délivre une vue magnifique, en temps de basses eaux comme de hautes eaux. Mais ce jour là; une imposante barrière composée de vagues géantes nous barrait cet horizon. Le rocher de feu Monsieur Chateaubriant avait disparu dans cette abime d'eau. Seulement , à pied il nous fallait parcourir les quelques hectomètres nous séparant de la ville fortifiée. Toutes les trois minutes nous plongions dans une sorte de tunnel d'une blancheur immaculée. A cette époque pas de gardes chiourmes de cette marée chaussée pour interdire quoi que ce soit !! Nous étions libres comme l'air, libres de sauter dans cette bassine infernale, libres de crier , libres des courir au milieu de cette chaussée envahie par cette mer furieuse. Personne pour nous contredire, nous étions absolument libérés de nos contraintes habituelles. Nous foncions donc , courbés devant la furie hivernale. je tirais ma frangine, cette dernière apeurée pour un oui ou pour un non, se dévoilait enfin. J'avais affaire à la plus bête ,des frangines , moi , insouciant je luttais contre ces éléments déchainés. En vainqueur j'arrivais bien avant elle à cette fameuse tour donnant sut l'entré de la cité corsaire. La mer avait envahie tout le secteur, mais trop de grabuge , à cette époque peu de voitures se trouvaient ici. Il nous fallait passer sur la droite , direction les remparts. Equipés de nos cirés peut être pas totalement imperméables, nous avons hésités un petit moment. Une accalmie dans cette tourmente nous décidions de tenter l'impossible. Plonger dans cet enfer, et, faire le tour de cette ville . Nous sommes malmenés, assurément pas encore vaincus , mais en instance de difficultés majeures. Une joie démesurée m'envahie, me culbute, je respire à pleins poumons ce spectacle d'un autre monde. Une lame approche.......nous sommes attachés l'un à l'autre, des riverains à leurs fenêtres nous ont vu, il nous font des gestes , je les ignore. De toute façon ces derniers seront obligés de fermer les écoutilles, de fortes arrivées d'eau vont les submerger dans leurs appartements à la Vauban. Nous avons fait au moins cinquante mètre dans ce brouhaha. La frangine tremble de peur..........moi également!! Une immense déferlante nous passe par dessus, nous sommes projetés contre le mur en granit, je m'accroche à une sorte de piton scellé dans le joint. Nous ne pouvons plus revenir en arrière, dépourvus de brassières de sauvetage , nous sommes véritablement livrés aux éléments déchainés. Nous tenons bon, j'ai compté sept grosses vagues, et deux petites, nous courrons entre les deux. Nous gagnons le donjon suivant, une courette accueille les deux naufragés des remparts. Ma sœur et moi, !!! nous ne l'avons pas vue, une formidable déferlante provoque un véritable tohu bohu dans les parage. Dans un fracas épouvantable un bouillonnement de mousses nous soulèvent, à la verticale, et, nous emporte vers le large. Avec le ressac , nous flottons pas très loin du bord granitique. La septième vague nous reprojette vers la ville close , et, nous atterrissons au même endroit. Ensuite un indescriptible bazar , nous enlève vers les hauteurs de la ville, la citadelle se trouve complètement noyée et, nous avec elle. Ma sœur , complètement dépenaillée , se trouve accrochée à ce donjon , je vais la rejoindre, je suis ballotté , ma tète prend l'eau toutes les deux secondes, je n'en peut plus. A califourchon sur le sommet étriqué du petit minaret , ressemblant à notre Marianne patriotique, pathétique , elle me cherche dans la mélasse furieuse. Des trous de plusieurs mètres se forment, je ne sais pas encore nager, mais je flotte , pas !! par pur plaisir !! mais par simple soucis de conservation. Un bateau certainement détaché de son ancre me frôle , je suis aspiré par son remous . C'est bizarre, même pas la frousse, ma citerne respiratoire se vide quand même, il me faut la reremplir. Un fracas énorme résonne à mes oreilles complètement délavées. Je m'accroche à l'hélice désormais à l'air libre et je redécouvre la terre ferme. Enfin presque, la frangine complètement déboussolée se trouve enfin rassurée. Elle me hurle , il ne faut pas raconter aux parents !!! d'accord ? J'acquiesce du menton . Si tu est d'accord , je te paye un chocolat chaud, avec un bon petit pain au chocolat !! Ce n'est pas de refus que nous redescendrons au bout d'une bonne heure de cet infernal chemin de ronde. La robe déchirée découvre des jambes de jeune fille , presque femme, il sera indispensable de réparer cet inconvenance avant de passer le portail ce soir. La mégère inspecteras absolument tout!!! . Le vacarme ne faiblit pas, il s'intensifia un maximum, le paroxisme fut la déferlante majestueuse de dix sept heure , et , celle la je m'en souviens comme si c'était hier. Un véritable toit d'eau passa par dessus la ville, et nous retombas sur nos frêles côtelettes. Les rares passants furent emportés dans ces ruelles profondes. Les bazars d'objets touristiques furent dévalisés par la furie de ces eaux emballées. Nous nous laissions diriger par ce raz de marée, nous crions de joie comme des enfants à sortir du toboggan . Je m'accrochais à une enseigne, ma sœur s'empara de ma jambe droite. J'allais la sauver!! moi cette sœur si déplaisante , je lui tendais cette bouée de sauvetage qu'étais mon petit corps. Ma main tendue, se projeta dans cette opulence liquide , elle (ma sœur) s'accrochait définitivement, se rapprocha de moi. Dans un dernier sursaut nous étions sauvés, comme Moise nous laissions les autres se perdrent dans cet abime. Quelques minutes après , nous rentrâmes dans un bar genre marins de la flibuste, pour déguster ce fameux chocolat chaud, agrémenté de ce fabuleux petit pain au chocolat. Quelques piliers de bar, parlaient de ces deux naufragés perdus sur les remparts, supputaient leurs chances de survie. Nous ne pipions mot. Faisant profil bas , nous parlions de nos petites voix. Et vous la bas!!!! un marin d'opérette nous agressa verbalement , se serait pas vous les illuminés de ce matin ? Ce dernier lorgnait déjà vers la jupe en lambeau , supputa ses chances , ce dernier n'était certainement un marin d'eau douce, mais un vrai batailleur de la mer, avide de femmes fraiches dans les ports. Il nous fallait partir extrêmement rapidement , Kenavo.... les gamins !!! Nous traversons cette ville dévastée, mais encore debout, tous les hivers ce sont les mèmes tempêtes qui balayent cette ville forteresse. Nous avons franchis la fabuleuse porte Solidor, la ville neuve s'ouvre à nous. Pas question de refaire les bords, mais si !! peut être, la marée basse à pris la place de cette plage immense. Nous courrons avec notre jeunesse vers cette immensité de sable, vers la vaguelette devenue la reine . Nous somme immensément heureux , fier d'avoir vaincus la terrible explosion de cette querelle météorologique. Allez !! tant pis pour la jupe; , il faut la raccourcir , enlever les entraves , braver les interdits. Ma copine de sœur vient , peut être ! d'inventer la mini jupe ? De mon coté le pantalon en flanelle n'est pas en reste, j'ai bien failli le perdre dans ce tourbillon infernal, mais comment faire pour ce soir ? je l'a rassure, ne t'inquiètes pas je vais les dissimuler sous mon lit, la mère n'y verra que du feu, abrutie par ces plats mijotés . Nous rentrerons tard dans la soirée, papa n'est pas présent, nous réassemblons nos fringues, nous attendrons aves inquiétudes leurs arrivées, Mais rien ne se passera comme prévu. Nos rêves , agrémentés de nos souvenirs nous enverrons dans les bras de Morphée.