Le Dernier Train Luchon // Montréjeau

                    Ces faits réels et non fictifs, remontent à quelques années, j'ai vécu ce soir-là , un moment mémorable. Le DERNIER TRAIN au départ de notre belle endormie j'ai nommée: La ville de LUCHON (31).Sans tambours ni trompettes de Jéricho à l'appui ,mais plutôt avec les cris de cette CGT désuète qui n’en finit plus d’agoniser sur l’autel de ses incertitudes. Pour ce dernier tortillard des ténèbres .Une cohorte de villageois ,bourgeois, ouvriers ,curistes ,randonneurs , désabusés, emmenés et finalement largués par une délégation de notre aimable CGT (confédération syndicale des cheminots fatigués). Sur ce quai bruyant, deux voyageurs, moi et.............le contrôleur. C'est peu !! me direz-vous? Non!! c'est tout à fait normal, au siècle de la voiture à mazout, le train à vraiment perdu de sa notoriété originelle. Son ancêtre :la compagnie des chemins de fer du Midi et d'Orléans avait cédé la place à une organisation nationale qui s'appelleras la SNCF.........Gouvernée de Paris, par des bons à rien ,voyageant en avion . Cette société appartenant à tout le monde , va péricliter rapidement , et, sombreras dans les affres de la solitude ferroviaire. La légendaire témérité de nos excellents cheminots et cheminotes qui se seront bien défendus lors des années tragiques , n'y feront rien , la descente aux enfers financiers est inexorablement programmée.

         Il avait été prévu de fraiche date de supprimer ce train que j'appellerais plutôt le tortillard de la nuit. Comme par hasard , j'étais dans le dernier départ livré aux oubliettes de l’histoire . Pour la première fois de ma vie je fus applaudi par cette foule bigarrée, ornée de drapeaux rouges, d'oriflammes à la gloire de ce syndicat décrépi aux allures de l'ex URSS , ce dernier hurlait des slogans hostiles à la médiocrité de nos gouvernants, comme d'habitude ! les puissants ont toujours torts. Qu’auraient-ils fait à leurs places ? certainement pas mieux. Billet de passage en main, acheté à ce personnage haut en couleur ,qu’est ce chef de gare à moustaches , je me faufilais dans ce carnage populaire , dans le wagon numéro sept, le dernier, le plus exposé au chavirage. Comme à mon d'habitude , je choisissais cette ultime voiture ,et, le dernier de ces compartiments , la dernière couchette, à l'étage supérieur , surtout pas celui du rez de chaussée. Aucun risque de rencontrer des voyageurs égarés ,la dernière porte donne sur le vide, celui des excréments largués par les toilettes nauséabondes !! les rails étant recouverts de toutes sortes de choses , les agriculteurs du coin pourraient récupérer le nécessaire pour remplir leur champs , avis aux écolos de la première heure, le train sert à quelque chose .

       Plusieurs fois par an je me faisais ce voyage pour remonter ou descendre de ma Bretagne natale, et le retour pour ces vacances se faisait de la même manière. Ah ! si! j'ai oublié de vous préciser, que en partant de Luchon j'enmène une caisse d'oignons fraichement épluchés ,afin d'être tout seul dans le compartiment, je ne vous parle pas de l'odeur!! passée la ville rose je les jetterais par-dessus bord le long des barres d'immeubles décrépis de la ville roseappelé le Mirail aux alouettes , je n'en aurai plus besoin. Au retour ,une cagette d'huitres de Cancale complètement hors d'usage me serviras pour la même destination. Voila ! pour l'anecdote.

        Mais l'heure fatidique approche, le coup de sifflet final va être donné par le petit chef de gare à ménades , genres bacchantes pointues bien connu dans cette petite ville flamboyante pendant les années folles, ce brave homme a connu ses heures de gloire pendant des lustres  mais maintenant l'heure de la retraite à sonner, pour lui comme pour le train , les larmes  dégoulineront sur son visage émacié par de longues heures de présences à attendre cet omnibus . J'ai appris dernièrement que feu les princes Monégasques possédaient un château genre Chambord ,y séjournaient régulièrement , c'est dire la différence que nous côtoyons dorénavant , que des touristes pauvres, logeant dans de tristes campings , sortes de boites de conserves laquées blanche , des hôtels délabrés , piscines fermés , bon !! arrête Jean!! je suis là pour parler du train , le dernier , pas de cette bonne ville à bourgeois renfermés .

         La locomotive à traction électrique nommée ''en voyage'' affreusement taguée par les petits sauvageons et garnement de la banlieue de Toulouse , s'élance dans un dernier baroud d'honneur. Sa sirène déchire certainement le cœur de ces habitants habitués à cette ancestrale sirène annonçant avec fierté le départ vers la gare d’Austerlitz, sorte de victoire éternelle pour des régionaux à l’agonie . C’est bien la dernière fois ! . Avec une certaine virtuosité , notre petit chef de gare à moustaches, balancera une dernière fois son drapeau tricolore fraichement repassé pour l'occasion , par son épouse cachée derrière la vitre crasseuse qui, elle ! restera en état des décennies durant ,attendant ce fameux train à hydrogène , ce drapeau !! il l'a sorti pour l'honneur , bien sûr !Le rangera comme au Panthéon ,dans la male des souvenirs évaporés .

          C'est parti, dans un hurlement de sirènes, pour cette fois il va vite, même trop vite, ce n’est pas normal. Nous longeons la d125. vers Montréjeau, la vitesse augmente de façon anormale, il va trop rapidement ce train de nuit, le dernier de la série treize . Est-ce un dernier baroud d'honneur de la part du mécanicien chauffeur de ce poids lourd qui pèse des tonnes sur ces rails tordus? Peut-être !! Mais ce n’est pas sûr, la mécanique fait peut être des siennes? . En tout cas je ne vais pas louper ma correspondance à Redon(35).Nous passons en trombe devant l'ancienne gare de ce petit village gouverné de main de maitre par un maire exceptionnel .Tout d'un coup !! un crissement de boogies sur les rails, il freine à mort, il faut s'arrêter immédiatement, le pont n'est pas loin, le cheminot l'avait-il oublié ? Ouf !nous sommes à l'arrêt, mais il faut maintenant revenir en arrière pour reprendre de l'élan !! Progressivement il remonte la pente de trois pour cent, reviendras devant la petite gare, et de ce fait obligeras à stopper la multitude de voitures de part et d'autre du passage à niveau.

         Mon compartiment donne sur la station désaffectée, mais occupée par un ancien employé de la Sncf, maintenant à la retraite bien méritée . Il est un peu plus de vingt-trois heures. Nous nous faisons signe, son épouse complètement hébétée derrière ses rideaux sombres, n'en croit certainement pas ses yeux!! Le train de nuit s'arrête comme un fantôme , devant chez eux !!! Tu ne peux pas monter à bord ,et non tu n'as pas le billet nécessaire!! Le type se propose de pousser la loco avec son tracteur , il ne faut quand même pas exagérer , le courant va revenir, mais quand ? Nous ne sommes pas rendus à Montréjeau la jolie démodée !! Dernier bourgade avant la grande ligne rapide. Il nous faut au moins deux bonnes heures pour parcourir les trente-six kilomètres, c'est encore possible en moins de deux heures! Coup de sifflet, il était temps, les automobilistes , dans leurs voitures bloquées ,au passage à niveau cassé , (il manque une branche) commencent à s'impatienter, mais que font 'ils à vingt-trois heures passée à ce passage à niveau ? peut-être une partie de cartes qui a mal tournée ? dans le bistrot du coin ? je ne le saurais jamais, je ne reviendrais que dans trois mois, en voiture bien sûr.

        Cette automobile  ! louée chez Supercargo , me feras dépenser plus que de coutume, mais ce n'est pas très important. Ce qui compte le plus pour moi et ma chérie, c'est de retrouver ce petit coin de paradis à la montagne. La loco nous traine maintenant sur cette voie en très mauvais état, nous passons le pont sur la Piquette , à deux à l’heure : c'est chaud sur les patins de frein !! Je m'attends d'un moment à l'autre à plonger dans ce ruisseau tumultueux, pas de chance je n'ai pas mon maillot sous la main, il faudra le cas échéant faire avec mes habits de soirée. Formidable !! nous sommes déjà dans la vallée, Cierp Gaud ,la bourgade à MJ apparait dans le lointain, Marignac , avec sa mine désaffectée ensuite, arrêt obligatoire de au moins sept minutes à Fronsac , chez Blondinette et son sac , je les ai comptées ces secondes !! .

      Nous longeons cette Garonne venant du trou du Toro (sa source) , elle est en furie , Il se mets à pleuvoir, des gouttes franchissent le toit de ce wagon, impressionnant, il est temps de le mettre, définitivement au rebut ou de le donner aux africains pour parcourir leur savane . Peut-être ! revendu ou données aux Congolais , ces voitures auront une deuxième jeunesse au soleil , donc pas de soucis pour l'étanchéité. Nous filons sans demander notre reste , à quarante à l'heure ,Gourdan ville polie par les ans , se pointe, la gare est illuminée comme pour un jour de fête, le chef de gare ,allongé sur une chaise longue nous accueillera un verre de champ à la main. Pour lui plus besoin d’attendre minuit pour saluer ce train de nuit. De toute façon ! il dormait comme d'habitude. Avec un train de nuit par semaine , il ne peut que s'allonger, ce cheminot. Enfin!! il est présent à son poste, il ne faut pas quand même dire du mal de ces garçons-là. Terriblement dévoués à la cause de la vie du rail , ils font partis de la maison SNCF depuis tellement longtemps, la retraite à cinquante piges, ne faut pas pousser mémé dans les orties de sa caisse de décrochements .

      Nous entrons dans les faubourg de Montréjeau ,cette ville austère ne m'inspire pas confiance, noire ,triste, abandonnée de tous, elle vit une lente et définitive agonie. Comme Luchon!! Pour cette dernière ! j'ai une anecdote à vous raconter, je passais un jour ! devant ce syndicat d'initiatives et en me présentant comme simple touriste, je posais une question basique. Je voulais savoir ce que voulais dire le pays du Comminges, les deux apprenties de service, interloquées, se regardèrent , encombrées par cette question bizarre, peut-être la seule de la journée ! Vous allez rire!! le Comminges , en fait , est un vin rouge de la région !! restait plus qu'à acheter le tire bouchons pour le déguster !! je manquais de pouffer de rire , tellement ces deux gamines sorties du bain , se trouvaient incultes devant moi. Monsieur le Maire !! je vous fais remonter cette info !!faites quelque chose !! Je ne suis pas là pour critiquer , mais pour me divertir dans ces lieux magnifiques . Des gens se baladent, d'autres indiquent les lieux à découvrir, chacun son job !!

      Montréjeau est une grande gare, imposante par son quai bondé de colis de chez Bezos , en temps de grand départ. Les train à grande vitesse passent sans se retourner, les petits eux stoppent quand même , le temps d'un soupir , c'est heureux pour les habitants délaissés. Nous allons, finalement attendre une bonne heure, le temps de mettre le train à l'endroit , la loco devant, c'est plus confortable pour la gueule noire , ce chauffeur aux lunettes obscures . Nous changeons de contrôleur, déjà fatigué par le court trajet, ce dernier rentre à la maison, par le prochain bus de la compagnie départementale . Il ne sera remplacé.........par personne, économie oblige. Nous allons quitter ce pays des Comminges, d'abord à allure modérée ,ensuite à toute vapeur. La ville rose en ligne de mire, il nous faut presque quatre-vingt-dix minutes c'est pas mal, peu mieux faire!! de toute façon c'est la dernière fois. Mais mon voyage ne fait que commencer, je vais me coucher, sur cette banquette aérienne, rêvant de futurs voyages dans ces trains périmés mais tellement adorables.

    Quelques gares plus loin ,nous rentrons dans Matabiau , ça sent déjà la crasse de ces marcheurs allant vers saint Jacques .Deux heures d'attente..........c'est l'aventure...Dernière minute ! un nouveau train à hydrogène va revenir sur cette ligne délabrée, à quel cout ? Seul madame Delgagémoica le connait , mais tant pis quand on aime , on ne compte pas..................JD.