Introduction de l'auteur.

             Cette histoire m'a été conté par mon oncle , érudit notoire , amateur de belles allégories productives , allait me mettre dans la confidence familiale , jamais encore sortie de son chapeau , cette chronologie de faits bien réels et certifiés par cet homme , allait attiser ma curiosité........je vous laisse découvrir la suite... .

Un soir de noel .1959.Chapitre 01.le rassemblement familial.

                        Un soir de Noel.1959. Chapitre.01.

                    Ma mémoire, sélective ! n'a pas flanchée d'un pouce , je me souviens exactement de la date , il s’agit du 24 décembre 1959 .Je venais d'avoir sept ans et presque deux mois. Notre famille se trouvait rassemblée pour une petite soirée comme on les aiment tant .Seul , dans mon coin , ma petite chienne blottie dans mes bras , je faisais des ronds avec ma torpédo miniature , échangée avant les vacances , avec un copain de classe .J'en étais réellement satisfait , cette miniature roulait parfaitement , mais ! le coffre et les portières ne s'ouvraient pas encore sur cet habitacle en cuir reconstitué , il avait bien fallu me séparer de ma magnifique Bugatti ,lorgné par ce pote qui ! étant fils de mécano collectionnait une impressionnante série de cette marque disparue ,mais à ce jour ,  remplacée par la modèle Verron de 1000 chevaux vapeurs .

                 A cette époque , nous nous satisfassions de peu de chose, une bille , une bagnole rouillée , un sifflet , un lance -pierres , des avions en papier cartonné , une paille à faire des bulles de savon , que sais-encore ? Mes trois cousines , plus jeunes que moi , babillaient encore ,leurs poupées de chiffons récoltées dans les bric à Brač de leur immeuble , elles allaient définitivement casser ces antiques barbies habillées  de guenilles , sortes de baigneurs en plastique horrible , affublées de perruques hideuses. Ces dernières allaient certainement être remplacées dans quelque heures , par de jolies monstres, achetées aux galeries , prévus pour durer 365. ou seulement deux jours.

                    Ma sœur cadette : Juliette , se trouvait enfermée dans sa chambre confortable pour une gamine de treize années confirmée devant l'autel consacré de cette église de province remplie à raz-bord tous les dimanches .Elle avait considérablement changée , cette grande sœur ,sorte de patronnesse avant l’heure, capable déjà ! de donner le la à son petit frère domestiqué. Je l'imaginais en train de se triturer , devant la glace , sa minuscule poitrine , afin de la faire grossir , pour détourner les regards de ces vilains garçons pleins de taches de rousseur , attentionnés à la faire mousser de bonheur .Le dernier soustinge , acheté aux Nouvelles -Galeries , trop ample , la faisait rougir de honte , en internat , il ne lui sera certainement pas possible de faire le remplissage complet de cet article acheté à pas cher , les railleries de ses copines la feront encore hurler ,elle finira par se jeter sur moi pour une compensation jubilatoire de me foutre une raclée mémorable, car je devinerais tout d’elle, grâce à mon sourire tellement juvénile .Planqué derrière sa porte pas fermée , pouffant de rire , je la revoyais encore , jeter cette horrible bagatelle de tissu difforme , dans sa chambre qui deviendra la mienne beaucoup plus tard .

                  Papa , aux fourneaux comme d'habitude , en véritable chef cuisinier sans aucune toque , allait nous faire découvrir une bonne cuisine Française héritée de son père artisan cordonnier .Maman , sa belle-sœur Georgette riaient à gorges déployées , ne laissant aucun doute sur le degré d'incivilités à venir .Oh pas grand -chose en vérité , de bonnes blagues à elles racontant leurs aventures amoureuses disparues au bord de la rivière , dans ces ginguettes à trois balles , sorte de résurgence d’amourettes disparues. Nous sommes encore loin de l'heure fatidique des douze coups de minuit, mais je suis réellement heureux , cette famille autour de moi , papillonnant se racontant leurs idiotes histoires d'adultes , de leur jeunesse déjà lointaine devient l'unique sonque l'on ne pourrait débrancher. 

                    La télévision n'étant pas encore installée , nous ne connaissions pas ces speakerines se nommant Jacqueline Caurat entre autres , à la mode pour ces bourgeois argentés , pourvus déjà de tout le confort dans leur maison qui seraient les premiers de cordée pour faire avancer la France vers un avenir meilleur . Nous ! ouvriers étions à la traine de cette société naissante , nos parents trimaient dur ,pour rattraper ces saltimbanques de la finance devenue agressive et possessive . Ils ne les rattraperont jamais , resterons sur le bord de la route de cette nébuleuse dynastie capitalistique . En les écoutant , je ne comprenais pas grand-chose des choses de la vie , seulement attiré par mes jouets et mon Bambi en peluche , mon seul ami proche en vérité et ce durant de longue années .J'étais un joli petit garçon , quelques photos le démontreront mais tomberont dans les oubliettes de mes rides devenus un catafalque d’anxiété d'une mort annoncée .

                        Pas d'acné juvénile , ma peau était d'une douceur, (c'est ma tante qui le disait!) .Il était de coutume , les jours de de fêtes de fin d'années , de se mettre à table vers vingt-deux heure ,j'avais encore le temps de soupeser mes futurs cadeaux encore emballés dans du papier crépon , ma deuxième tante , grand pourvoyeuse de jouets modernes , donc chers , n'était pas encore arrivée. En fait , en secret , je n'attendais qu'elle , mon premier amour de gosse , cette femme que j'aimais tellement .

                        Mon oncle , s'approchait de moi , "j'ai quelque chose à te raconter "mon garçon .Je remarquais quand-même, les sourires en coin des adultes , j'étais innocent de tout , malléable , et , à la merci d'adultes forts soucieux de notre avenir . Je détournais ma tête, mon regard irrémédiablement accroché par cet homme aux lunettes rondes cerclées de fer, de mauvaise qualité. Il allait me raconter un truc incroyable , certifié , mais pas juré . Je m’enfonçais délibérément dans son histoire , dans ses bras.......

Nuit de Noel.Chapitre 02.le bombardement. 1944.

Un soir de Noel 1959. Le bombardement.

Papa !!maman !!

                Nous accourions à toute vitesse, à travers les décombres ,résultat de ces bombardements extraordinaires de cette nuit , tous les trois , Yves, Yvette et moi Marcello , avions quelque chose à dire , à nos parents , et ce séance tenante.............

Et les gamins ! doucement , je vous ordonne de ne pas brusquer votre mère , elle récupère tout juste .

                   En effet ! maman , les cheveux gris recouverts de cendres déposées par les courants d'air , sa magnifique longue robe poussiéreuse cachant cette future grossesse bon pour un lavage approfondi , sa tête moribonde , son regard perdu dans une immensité de tristesse , ne faisait plus surface sur cette planète ravagée par nos alliés décidés à nous raser de la carte .Quatre années de souffrances l'avait ravagée moralement , physiquement .Aux ordres de papa , nous allions piaffer d'impatience pour raconter ce que nous avions vu de nos yeux et parlé avec certaines personnes.

C'est la bombe de ce matin qui vous mets dans cet état ? les enfants !

                Un projectile métallique sorte de cylindre bien lisse , de 250 kilos de bon acier Américain ,lâché par les rosbifs ,avait atterrit dans notre jardin , sans exploser ? Tous les trois, l'avions déjà chevauché , oscculté à la loupe , creusé dessous pour en faire un toboggan .A l'aube ,dès le calme revenu , la fureur de notre père , cordonnier de son état , fut sans égal , de gigantesques claques , de coups de pieds au cul et de légères remontrances à sa préférée Yvette , notre sœur , avait définitivement remis de l'ordre dans la maison . Nous étions devant eux ,au garde à vous , prêts à raconter , nos mots s'entrechoquèrent se mélangèrent pour ne plus former qu'un inintelligible brouhaha dans la maison défoncée par l'horreur de ce déferlement de haine .

Marcel !! parle !!

                 Maman nous serrait déjà contre elle , nous protégeant des foudres de ce père excessif , elle avait toujours auprès d'elle ses adorables enfants , avait réussi à les nourrir , à leur sauvegarder un semblant de vie presque normal .Pendant des heures , des jours , des semaines , des mois , des années , elle affrontera les vicissitudes de ce pays occupé sans aucune vergogne par ces boches nourris à la croix gammée sorte de répulsifs pour nous Français , malsain emblème encore de nos jours d’actualité il régnera durant cinq bonnes années sur tous les continents ,hormis le nouveau Monde .Elle refusera les coups d'œil de cet occupant incroyable de méchanceté .

Nous avons parlé avec l'oncle Désiré..............

                   Une seconde et terrible gifle faillit m'atterrir dessus , mon frère Yves , être falot , timide , pris enfin la parole  ...

OUI ! papa c'était bien notre oncle Désiré , votre frère disparu à la grande guerre .

                Mon  frère avait osé l’impensable , répondre à ce père tyrannique. En un millième de seconde , notre père fut abattu , écrasé de larmes , ne pourras que réfréner ce chagrin revenu d'outre-tombe , nous étions abasourdis tous les trois , le Père nourricier , emblème de la puissance familiale craquait définitivement devant nous , mais! il avait la peau dure , la peau qui le sauvera des tranchées , c'est dire la force monumentale dégagée par papa .

Continuez ! je vous pris les enfants !!!! Il était en train de nettoyer le monument au morts , celui de la place Gambetta.

               Sur cette stèle immense,offerte par les gueules cassées sorte de loterie nationale ,  y figuraient des milliers de noms , dont notre oncle , envoyé comme sapeur première classe, avec son frère (papa).Contrairement à son frère plus chanceux , il n'avait pas réussi à s'en sortir, sa tête fut arraché par un boulet de canon de fort calibre envoyé par les casques à pointes , de son corps écrasé par les monstrueux chars de l'époque lors de l'attaque finale , il ne restera rien que des guenilles innommables composées de boues et de chaires sanguinolentes .

MAIS ! Papa ! nous n'étions pas fou il s'agissait bien de lui en chair et en os .

                  En ce moment précis de notre affirmation tellement positive , maman ne tenait plus qu'à un fil , son corps délabré penchait de plus en plus , comme la maison d'à côté touchée au cœur du salon , dans ce boucan infernal de nettoyages et de sirènes hurlantes nous nous entendions plus,les meubles tremblaient plus que la nuit dernière . Alors ! lui annoncer l'apparition de son beauf -frère décédé il y avait plus de vingt années , fut cet électrochoc salutaire pour elle.

Tu ne vas pas croire les gamins ? quand-mème ?

                Lui dira notre père. De dépit envers cet époux autoritaire , et autocabrâtes à ses heures , elle jettera son chiffon à terre ,et , nous diras.

Allons les enfants emmenez-moi jusqu'à la placette , nous verrons bien de quoi il retourne .

                 Nous étions quatre , se tenant par la main maman au centre entre nous les deux frères , lui serrant ses petites mains fines et tellement décharnées par quatre années de privations. Yvette , derrière fermait notre marche forcenée vers l'impossible victoire ,d'avoir retrouvé le poilus de la famille,  disparu depuis tellement de temps! . Maman remis de l'ordre dans sa longue chevelure , naguère véritable crinière de cheval , épousseta sa robe longue , celle de la veille. Nous n'avions pas dormis , enlacés tous les cinq dans la cave sombre , avec une seule bougie pour se voir , attendant ce moment magique ou tragique de l'explosion finale destinée pour le numéro neuf de notre rue .Un véritable enfer fut ! durant cinq bonnes heures , le résultat de dégâts considérables sur cette bonne ville Bretonne .Notre maison , par chance fut la seule épargnée dans cette rue , naguère si étincelante , mais devras être détruite après et reconstruite au frais des Américains avec ce miraculeux plan Marschall .

                     Nous filions au travers les décombres , de tôles tordues , de briques encore fumantes , de multiples corps aplatis , ou gonflés , dégageaient une odeur véritablement malodorante. Maman n'en pouvait plus , tordue de douleur abdominale , certainement le prochain fruit à venir , nous espérions le dernier ,nos voeux seront exsaucés   ,cette admirable femme requinquée par ces gosses fantastiques , mais absolument pas rebelles ,  se laissera entrainer par ses enfants formidables de jeunesse , gambadant se jetant à corps perdus dans cet épouvantable boucherie humaine.

                De faméliques chevaux réformés par les services de l’occupation nazie broutaient les restes de corps . Traversant le quartier au gré de ruines incroyables de hauteurs , les marins pompiers à l'œuvre , leurs dérisoires tuyauteries asséchés en permanence nous demandaient de nous écarter , de rentrer chez nous , sans aucun ménagement nous injuriaient presque. La ville était un tas de ruines fumantes , à feu et à sang , ils ne restaient debout que la cheminée géante de l'usine de pâtes à papier , ainsi que les deux clochers en pierre de taille de l'église Saint Martin , le curé comptait ses cierges de Pâques pas éteints , seules lumières se dégageant de ce brouillard apocalyptique. La petite famille sans le père autoritaire arrivait  , la placette est en vue , effectivement des ombres s'activent à nettoyer la stèle.

Tu vois !! maman il y a du monde autour !!

               Nous les garçons avons pris maman autour de nos bras , la soulevant , la faisant respirer , un amour incroyable dans ce terrible moment allait nous lier  définitivement , elle n'en pouvait plus , la place était en ligne de mire , nous arrivions au but .................

soir de noel 1959.chapitre.03.le soldat inconnu.

                   Maman tremblait, je le sentais par main toute menue, enserrée dans sa paume qui sentait bon le jasmin , je devinais quelque chose d’extraordinaire qui allait s’échapper, une sorte de mystère que jamais ! dans ma vie de petit garçon je ! n’aurais pu imaginer. Le buste de ce soldat inconnu, haut de plusieurs mètres faisant la fierté du quartier, cela nous fu facile de contrecarrer la police municipale qui ! inféodée à l’ordre de l’Axe nous insultait copieusement .

Vous avez vu ce que nous ont fait ces foutus alliés ?

       Nous ne répondions pas, papa qui ! en secret donnait dans la téléphonie avec Londres , ne nous aurait absolument pas pardonné la moindre incartade, tel. bandes de salauds de boches ,vendus de la république et que sais-je d’autres. Nous faisions profils bas, sachant pertinemment que ces assassins seraient finalement expédiés avec tout le reste dans des cachots, sitôt les swingum venus. Mais ! pour le moment , tous les quatre arrivions auprès de la meute de prisonniers travailleurs qui ! dégageant les abords allaient s’apercevoir que nous étions plus proches d’eux qu’ils ne le pensaient.

Maman regarde celui-là il ne rappelle rien ?

Les enfants…attendez un instant, j’ai quelque chose à vous dire………..

                 Cette femme,soudainement !  se trouvait bizarre, allait épousseter sa robe, remettre ses cheveux dans le bon sens , une joie intense l’habitait, tous les trois nous avions quelque chose en commun, nous allions avoir l’incroyable qui allait traverser l’espace de quelques minutes nos pensées de petits enfants . Cette femme d’un coup devenait belle, désirable, malgré la poussière , la suie des fumées, le brouillard qui redevenait intense , s’en dégageait quelque chose de parfumé. Je ne l’avais jamais vu comme ça, tellement grande qu’il me fallait me dresser sur la pointe de mes pieds pour essayer de deviner son regard qui ! allait devenir l’espace d’un instant fantastique de malice et d’amour inconnu de nous trois.

              Resplendissante de bonheur  , elle avançait sans peur et sans reproches qui par ce major , chef de la milice du quartier, celui qui nous distribuait nos maigres rations, allait la laisser passer, presque lui faire une haie d’honneur. Celui qui la draguait tous les jours, l’humiliait quand elle se tapait des heures d’attente pour un simple quignon de pain, ne pouvait que la laisser passer avec ses marmots qui loin d’être à la traine , la forçait à avancer vers ce soldat inconnu qui pelle ou pioche dans ses mains , allait détourner sa tête d’un instant à l’autre.

Mes enfants…….

Oui ! maman !

Attendez -vous à voir quelque chose d’indéfinissable, quelque chose qu’il ne faudra pas raconter à votre père, est-ce bien compris ?ce secret devra resté durant toute votre vie dans vos souvenirs .

C’est quoi ,maman un secret ?

       Elle ne me répondra pas, me serra dans mes bras ,et me reposa les deux pieds sur terre , mes menottes, serrées dans ses mains fines et élégantes malgré cette fin de monde qui s’abattait sur nous , allaient glisser avec une finesse incalculable de bonté , sur le bord de ses lèvres pour recevoir une indéfinissable chaleur humaine. Ma grande sœur, me fila un léger coup de coude, me fit les gros yeux. J’avais compris de ce que l’amour pouvait exalter de ce qu’il y avait de plus beau dans le corps humain.

         Nous, ses trois marmots , presque en âge de comprendre ce que c’était tout de même ! le soldat inconnu, étions scotchés littéralement à ses paroles qui devenaient de plus en plus déchirantes de vérités pas bonne à dire. Nous n’étions plus qu’à quelques mètres de cet homme, il était courbé , ressemblait plus à un vieillard magnant difficilement sa pelle .J’allais deviner l’espace d’un court instant, par-dessous son épaule gauche , ce miroir qui nous dévisageait ,il était affreux, si je l’avais reconnu ce matin ,de bonne -heure, je ne voyais plus qui pouvait être ce type avec le Q dans son dos. Il était prisonnier de la guerre souterraine , une chaine reliait ses deux pieds, il faisait peine à voir, sa figure était toute cabossée, maman me dira qu’il faisait parti des gueules cassées , rescapées de la der des der de guerre, celle qui allait devenir un monstrueux tremplin pour cet allemand caporal de formation, mais tellement généreux en oraisons funèbres.

           Maman c’était arrêtée , nous tirait avec force et persuasion  vers elle, nous nous accrochions à sa robe, nos regards en direction de cet homme nous attendions ……

Les enfants……c’est Gustave votre oncle……

           Nous n’allions pu absolument pas empêcher ce qui allait suivre, comme deux amants, ils se sont rapprochés , doucement et ! dans une fureur de vivre une fièvre disparue depuis tellement longtemps , ils allaient s’embrasser comme des êtres se connaissant par cœur. Les secondes qui suivirent furent tellement intenses, que nous éclations en sanglots, ce message d’amour serait encore plus incroyable que la bombe découverte cette fin de nuit et domestiquées par nous trois. Nous étions dans un véritable brouillard de poussières, notre oncle avait dans ses bras maman, ses mains crasseuses ,abimées ,gercées , caressaient ce corps plongé dans les ténèbres devenus le temps de quelques secondes une clarté subite éclairant un visage amaigri par les privations . Dans le dos de maman , il nous caressait nos cheveux, se délectait de nous toucher affectueusement comme jamais il aurait pu le faire en prison.

         Il s’était agenouillé , se mettant à notre portée, il était d’une bienveillance époustouflante ne gâchant aucun mot sortant naturellement de sa bouche martyrisée .

Comment allez-vous mes enfants. ?

            Il me faisait peur ; son affreuse figure amochée de toute part ,pour un garçon comme moi , m’intriguait , il lui manquait même ! une oreille, des traces de câbles et de crosse sur les épaules, laissait présager une raclée .Ce couple ne pouvait plus se détacher , s’embrassait comme de fougueux amants, nous étions sidérés de ce que nous voyons en direct. J’avais du mal à comprendre ce qui se passait.

Sa suffit maintenant ..

           L’ordre impitoyable de rigueur , maman et cet homme allait se regarder pour la dernière fois. Repoussés par ce seigneur de la misérable guerre il ne pouvait qu’accepter cet ordre .

Alors comme ça vous vous connaissez ?

           Il c’était mis entre nous quatre, avait violement bousculé notre mère ,qui ! allait s’effondrer dans les gravats, les quatre fers en l’air , pour ne pouvoir plus se relever. Gustave en folie , c’était jeté sur ce minable milicien au béret de travers bien enfoncé dans son crâne , comme son amour pour cette bestiole nauséabonde qui nous avait envahi en 40. Ce dernier retira son fusil de son épaule ,malgré l’époustouflante combativité de Gustave , réussira à mettre une cartouche dans la culasse, s’apprêtait à tirer sur notre mère à terre qui se protégeait de ses mains ,comme pour ne pas deviner ce qui allait se passer dans la seconde qui allait suivre .

         La lutte inégale tournait à l’avantage de ce sale type, qui jouissait de fureur de voir cette femme allongée aux pieds de ses bottes de cuir . Un de ses collègues à la mine patibulaire arrivait.

C’est quoi ce b………major ?

          Avec notre oncle et maman ,il fallait bien se rendre à l’évidence, nous avions un couple véritable devant nous, peut-être notre papa ? pas celui qui nous insultait à longueur de journées !Le garde au deux galons de travers, sorte d’adjudant indésirable , allait de nouveau , mettre en joue maman, l’autre fixait de son canon du mauser , la tempe de cet homme apeuré suppliant par son regard d’une justice de ces deux salopards saouls d’autorités . Il leur fallait choisir entre la poire et ! le fromage ou les deux pour faire un exemple . Ce furent des moments abominables, ceux que l’on étrennent toute sa vie durant et ! que l’on ne souhaite à personne. Mais les faits sont la et vont devenir établis , pour une rancœur qui ne disparaitra jamais.

            Ces deux garnements ,payés grassement par Vichy réfléchissaient , lui ? elle ? ou les deux à la fois , l’homme enchainé parlait les suppliait. Maman se trouvait dans un état second appelait de tous ses veux à une libération immédiate pour ses gosses qui eux pleuraient à chaudes larmes ,écartés par ces affreux fusils qui ne demandaient qu’à servir et tirer sur des cibles faciles.

Epargnez nos enfants bande de salauds !! .

Abattez-moi, laisser cette femme et ses enfants. Svp……

rajoutera notre oncle .

Tuez -nous tous si vous voulez ?

Le coup de feu était parti……un seul et unique , il résonne encore dans ma tête !!!!!!……………….

Nuit de noel.1959.chapitre.04.enfin la fète!!

                         Comme par magie ,en ce soir de noël 1959 ,le temps c’était comme le bruit, arrêté ,comme suspendu aux lèvres de mon oncle, qui n’en pouvait plus de résister encore une fois à éclater de douleur . Cette histoire, était ! à la fois lointaine et proche dans sa mémoire. Les esprits évaporés seraient revenus une dernière fois, ne m’aurait absolument par surpris. Il flottait une odeur indéfinissable comme ce fabuleux parfum au jasmin de ma grand-mère . Plus un bruit dans la maison, de plus ! nous étions très proche de ce moment fatidique que tous les enfants du monde attendaient. Les douze coups de minuit qui ! allaient changer cette ambiance qui s’annonçait des plus morose , arrivaient rapidement .

      Amis lecteurs ! vous devez vous posez cette question ? qui avait reçu cette balle ?

      .Evidemment !! que je le sais ! Mais mon oncle encore pétrifié de douleur ,ne pouvait continuer sa narration, complètement suffoqué de se prendre en pleine figure cette atroce sauvagerie d’un type pas encore adulte ,ce dernier ;de toute façon , par la porte ou ! par la fenêtre , ne perdrait rien pour attendre, il sera dénoncé , après les hostilité terminées , lapidé sur la place publique devenue depuis place de grève , sorte de récompense pour tous ces méfaits orduriers qu’il ne s’était pas privé durant ces longues années de malheurs ,il agonisera à son tour implorant tous les saints de cette terre si riche en guerres fratricides .

      Treize années plus tard , ce soir de Noel , je percevais chez mon oncle , ses sanglots ,ses larmes désormais ! , sèches ,comme si ! ayant déjà tout donné lors de ce jour de bombardement , son cerveau et son cœur se fussent arrêtés sur le mode pause, pour ne plus jamais revivre ce qu’il avait vécu . Son regard fixe, sans aucune expression sinon celle de se savoir impuissant ,j’en étais convaincu , se trouvait bloqué sur cette ignoble ,effroyable scène, dans un décor non pas de rêve mais ! de sauvagerie extrême . La maison c’était arrêté de vivre, même les adultes connaissant la suite, attendaient ses riches éloquences ,serraient leurs mouchoirs dans leurs poches , s’empressaient de retenir cette émotion qui allait ! au fil des minutes , crescendo. Nous ! les enfants gâtés par ces années cinquante , étions envahis d’incertitudes de ne pas savoir qui avait disparu ce jour-là. N’ayant pas connu Grand-mère je ne savais pas .J’étais tellement aux antipodes , d’imaginer ce qu’avait pu endurer nos parents.

         Marcello allait , doucement , entouré de ces enfants sages comme des images , reprendre naturellement ses esprits, arpentait les lignes de sa main, comme pour prévenir l’avenir qu’il avait vu de très près disparaitre une bonne fois pour toute. Quelques mots ensuite quelques paroles ,il résistait contre sa lâcheté de n’avoir ou pu rien faire ce jour maudit ,mais ! le résultat était bien présent.

      La balle avait percé la joue de Gustave, traversé de part en part sa bouche ,pour ressortir derrière le reste d’oreille qui ! maintenant , pendait lamentablement. Le major et cet orgueilleux sergent , raillaient à gorges déployées ce pauvre type , qui avait combattu en 14.Maman s’était relevé , allait bondir sur ce trouffion d’opérette, elle écopera de multiples coups dans le ventre et d’une convocation à la kommandantur dès le lendemain, ces frisés racolés par l’armée d’occupation , ne rigolaient pas du tout. De multiples injures composées de bassesses sans noms ,allaient fleurir ce vocabulaire d’un autre siècle. Le type le plus méchant , se paiera le luxe de mettre le canon de son fusil dans la bouche de maman ,elle nous racontera plus-tard , avoir vu sa vie défiler devant elle comme au cinéma de quartier qui diffusait Greta Carbo en continu.

Il nous reste une balle dans le chargeur ma beauté ? …………

Elle est pour toi si tu continus !

      Ces deux clochetons ,enfin ! avaient disparus,  allaient fêter à coup de saucisson volé au marché noir, cette illustre bataille qu’ils avaient soi-disant gagnée. Sur ce meurtre d’une gratuité extrême , la brume retombait, anéantissant tout ce tableau macabre. Maman. Nous diras !

Il ne faut pas le laisser ici !!les enfants aidez-moi ,pour l’amour du ciel !!

       Ce n’était plus une mère ,mais une véritable toile à la gouache remplie de chagrin inconsolable, un bon peintre en aurait fait un fabuleux tableau de  vie . Nous étions pathétiques ,comment faire pour rapatrier ce corps sans vie , devenue une masse difforme ,dans ce cimetière ou la grosse partie des sépultures avaient disparues sous les chapelets de bombinettes de 250 kg ? Nous pûmes confisquer une sorte de brouette à trois roues antique vestige du jardinier travaillant ce petit lopin de terre jouxtant cette statue du soldat inconnu.

Les enfants !! vous m’avez promis et jurez ..que vous ne direz rien à papa ?

Oui……maman !c’est promis ,nous ne dirons rien du tout…….

       Nous ne pouvions que répondre par l’affirmative , à cette mère si attentive à nous préserver, de cette truanderie journalière . Trois ouvriers ,en salopettes , styles tacherons dévoués aux monuments funéraires allaient nous aider à mettre ce corps décharné, disloqué , sur cette sorte de civière sur roues, machinalement , je retenais cette tète encore chaude, je pleurais toutes les larmes de mon cœur, en regardant ces yeux m’implorer , ce fut terrible et pathétique , de les refermer pour l’éternité, c’était une nouveauté pour moi, ne plus voir ce regard .J’en suis sûr et certain ,il m’a remercié ce Gustave ,avec une expression de déjà vu, ce monsieur fracassant amant de maman , je le connaissais depuis toujours ! .

       De cette sorte de cariole rouillée , maman en prenait, néanmoins le contrôle, je restais en tête, ma sœur et mon frère restèrent en arrière, surveillant tout ce qui pouvait compromettre le salut de cette âme devenue un futur locataire perpétuel de ces ténèbres que nous ! enfants ne partagions pas encore . De formidables entonnoirs remplis d’eau saumâtre nous gênaient dans notre progression, comme les poilus en 17 nous longions ces affreux trous circulaires d’où émergeait de temps en temps un corps décousu tendant son bras vers ce ciel devenu d’un bleu éclatant . La triste caravane cheminait méthodiquement ,comme envahie d’un dernier espoir de rendre le repos éternel à ce moribond qui n’avait fait que son devoir, défendre cette patrie que beaucoup de monde refuse dans ce 21 siècle. Le portail de cette nécropole pendait sur ses gonds arrachés par la force des éléments déchainés. Ces diables d’engins volants avaient fait  du bon travail sur la gare Sncf, mais avaient lâché le surplus de projectiles sur la ville située plus au nord. Ces bimoteurs à moteur Rolls Royce ne pouvaient absolument pas revenir chargés d’explosifs, le carburant n'étant pas assez consommé , ils leurs fallait , aux pilotes se soulager en poids, voilà le pourquoi de certains bombardement inexpliqués.

     Une sorte de badaud hirsute, dans la première allée nous indiquait la fosse commune , seule possibilité pour faire disparaitre à jamais notre Gustave. Il y avait un monde fou, le curé , dépêché en catastrophe de sa sacristie complètement ravagée , se pressait en quelques deux minutes par cadavres pour donner les derniers sacrements . C’était pitoyable de nudité, ces corps pratiquement dévêtus , respiraient presque encore , de la chaleur dégagée en sortait des volutes de brumes. Maman était à bout de force, ne tenait plus que par miracle ,heureuse néanmoins d’avoir ses gamins auprès d’elle. Elle s’apprêtait à dire un dernier au-revoir à Gustave qui fut son amant éternel, avant la guerre bien sûr ! elle faillit y tomber ! dans cette fosse, plusieurs témoins charitables l’en empêchèrent jurant des grands dieux que cela ne se faisait pas, qu’il fallait assumer jusqu’à la dernière seconde de notre dernier souffle, mais qu’en savaient ‘ils ces gens-là ? .

     Le corps dans la brouette de fortune , chancelait encore un peu plus, il ne faudrait pas une grand force pour le faire basculer dans la fosse , ou des dizaines de lépreux de la vie se sentaient soulagés de n’avoir pas à voir ces futures sordides épreuves. Maman était à terre, ses mains caressant ce visage démoli recouvert d’impuretés sortant de ces trous calibre 12 , elle l’embrassera , lui donnera un dernier coup de peigne comme pour lui dire,

Gustave tu es tellement beau , un « je t’aime »

        sortira d’un son presque inaudible pour nous, mais ! nous l’avions entendu et , perçu comme un véritable appel au secours assimilé en regrets éternels ……….Le corps basculait enfin, se mélangeait aux autres.

       Le claps de fin ? non ! pas encore , il fallut revenir sous les golibets de ce sale type au pistolet facile , qui ! ayant flairé la bonne occase féminine à la robe déchirée , arpentait déjà les allées de ce cimetière , espérant avoir les faveurs de Maman. Ce ne fut absolument pas une déroute !! nous n’avions fait que notre devoir………..Papa ne sera jamais au courant, je le regardais un peu plusieurs jours de suite, il me demandera pourquoi ?

tu veux ma photo ?

      Je l’avais sur moi ce cliché couleur sépia , mais ce n’était pas la sienne , c’était celle de Gustave ! Maman me mettra dans la confidence, un peu plus tard !mais ! je m’en doutais ….ce père autoritaire n’était pas le mien , uniquement une sorte de salade à frire des paroles en compote. Le vrai papa !! je l’avais mis trois mois avant , dans la fosse à légumes ,allée dix-sept ,compartiment trois , à droite , sous le tilleul que j’irais fleurir pendant des années, avant la démolition de ce parterre plein de fleurs de saison .

       Marcello en avait terminé, tous les trois enfants allaient se jeter dans ses bras qui n’attendaient que cela pour cajoler la marmaille après cette rude contine .23h.35. Nous allions louper les douze coups de minuit, les tantes et mamans en avait fini de préparer la dinde , bien charcutée elle se trouvait tellement énorme que je ne faisais que la regarder. Le bruit revenait doucement, les souvenirs s’évaporaient, la pendule n’allait pas tarder à sonner, nous étions prêts…à en découdre avec nos cadeaux ………….